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Albert Anouilh
Pierre Laroque
et l’utopie du droit social
Pierre Laroque (1907-1997) est un homme d’action, un grand
commis de l’État, un juriste, et nul ne paraît plus éloigné de l’uto-
pie ni moins doctrinaire, ni plus étranger à l’esprit de système. La
dialectique, marxiste ou hégélienne, est absente de ses propos ou
de ses écrits. Il ne sacrifie jamais à l’abstraction ou au jeu d’idées.
Quant au droit social, il naît de l’usage de l’atelier et des métiers,
et, construit sur des pratiques humaines et des réalités communes
et partagées, ne prétend rien régir que la vie pratique, matérielle et
professionnelle.
Si nous devions déterminer une dimension utopique dans le projet
de Laroque, c’est dans la promotion et les potentialités du droit
social que nous devrions la chercher, ancré dans la vieille tradition
du syndicalisme français. Cet idéal social, nous devons tenter de
le découvrir dans la relation de Laroque à l’histoire sociale et son
expérience du droit social.
Comment a-t-il construit un projet de société qu’il savait irréali-
sable ? Nous en suivrons l’élaboration à partir de trois documents,
différents par le genre littéraire, le volume, les destinataires, la date
et le contexte de production :
- un ouvrage d’histoire sociale, « Les rapports entre patrons et
ouvriers » publié en 1938,
- un discours prononcé le 23 mars 1945,
- une étude intitulée « Contentieux social juridiction sociale » réali-
sée en 1953 pour le Conseil d’État.
Quelles continuités, quelles variances ou permanences sont à
l’œuvre dans ces interventions, respectivement celle du praticien
et de l’historien, du militant et du juriste ? Nous les aborderons
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