Page 69 - lettre_crhssoccitanie_n°_spécial
P. 69

Albert Anouilh


            son action dans ce que Philippe d’Iribarne appellera une « logique
            de l’honneur ». Une éthique qui structure la Sécurité sociale selon
            Laroque.


            II. L’institution sociale et son juge


            Lorsqu’il prend la parole, le 23 mars 1945 devant les élèves de
            l’ENOES , en présence  du ministre Alexandre  Parodi,  Pierre
                      3
            Laroque se trouve à un moment charnière : les Assurances sociales
            appartiennent au passé, la Sécurité sociale est à venir. Cet avenir
            permet de penser l’impossible. Une révolution. Non marxiste. Non
            violente. Juste. Morale, au sens de Péguy. Le système de protection
            sera complet, comme le souhaite le CNR, moniste et totalisant : un
            seul régime obligatoire pour tous, comprenant toutes les branches
            de protection. Une institution également indépendante de l’État
            et des puissances économiques, fondée sur « un droit élémentaire
            de justice sociale » : « Débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lende-
            main » qui crée chez eux « un sentiment d’infériorité ».

            La Sécurité sociale crée pour ceux qui sont nés sans patrimoine
            une appropriation collective des moyens de protection sociale réu-
            nis dans une même institution, indivisible. Elle assure à chacun le
            minimum de propriété de soi qui lui permet d’envisager l’avenir.
            La Sécurité sociale est libératrice. Sa dimension anthropologique
            induit une éthique.

            Laroque se situe sur deux plans : l’un technocratique, organisateur,
            scientifique, directif, qui préfigure les « grands commis de l’État »
            de la V  République ; l’autre militant, qui rappelle l’obligation
                    ème
            morale d’exemplarité de l’élite patronale selon Le Play, mais dans

            3.  L’ENOES a été créé en 1937. L’école, connue alors sous le nom de l’ESOP,
            fut  d’abord rattachée  au Ministère  de  la Production  Industrielle  puis  au
            Ministère de l’Economie Nationale. En 1948, elle devient une Association 1901
            sous le nom ENOES (École Nationale d’Organisation Economique et Sociale).
            Compte tenu de son caractère privé, en 1950, elle change de nom pour s’appeler
            École Nouvelle d’Organisation Economique et Sociale sans changer de sigle.
            Source : https://enoes.com/pourquoi-lenoes/notre-histoire/
                                                                       67
   64   65   66   67   68   69   70   71   72   73   74