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            Vous aurez donc compris  – et  ce  sera ma conclusion  – que  la
            prépondérance  actuelle de la Sécurité sociale  dans le champ  de
            la protection  sociale  ne  doit  pas éclipser  la persistance  d’autres
            protections ou autoprotections qui sont au fondement même de
            notre système de protections. Pour démêler l’évolution de la pro-
            tection  sociale,  de  la  fin  du  XIX  aux  années 1950,  il est  indis-
                                            e
            pensable de prendre en compte l’ensemble de ses composantes
            originelles : l’assistance, la prévoyance libre ou volontaire, et enfin
            la prévoyance obligatoire qui renvoie aux Assurances sociales et
            aux régimes spéciaux. Il est non moins indispensable de s’intéres-
            ser à l’évolution de la structure sociale et tout particulièrement aux
            classes moyennes dont la salarisation fut un lent processus. Car ce
            sont elles qui furent le vecteur sociologique ambivalent de la pré-
            voyance libre et de la prévoyance obligatoire.

            Si la structure  de  la protection  sociale  est  donc ternaire, elle
            reste  innervée  par  seulement  deux  logiques  qui,  théoriquement,
            devraient  s’exclure,  mais  qui,  depuis  la Première  Guerre  mon-
            diale, peuvent pratiquement se compléter ou se combiner : une
            logique assistancielle (c’est-à-dire non contributive) et une logique
            assurantielle (par définition contributive) qui sous-tend à la fois la
            prévoyance volontaire et la prévoyance obligatoire. Considérons
            le cas d’un mutilé pensionné travaillant comme salarié dans une
            entreprise en 1936 : en tant que salarié, celui-ci bénéficiait de la
            législation industrielle et éventuellement d’une convention collec-
            tive ; au titre de sa pension, il était assisté, mais il bénéficiait aussi
            des Assurances sociales si du moins son salaire était inférieur au
            plafond d’immatriculation ; il pouvait même avoir adhéré à une
            mutuelle et être, dans le meilleur des cas, épargnant. Il était donc
            déjà au centre d’un réseau de protections et d’autoprotections, tout
            en étant assisté et assuré. C’est véritablement la Première Guerre
            mondiale qui a permis la conjugaison jusque-là improbable de pro-
            tections réputées inconciliables.




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