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Vincent Viet


            ne sera pas réalisé sur le moment, puisque la Mutualité est devenue
            le gestionnaire principal des Assurances sociales. Mais la mise en
            œuvre de celles-ci va permettre de calmer bien des revendications
            corporatives et  surtout  d’introduire plus d’équité  ou d’homogé-
            néité  de traitement  grâce à la solidarité des  organismes  d’assu-
            rances et à l’action sanitaire et sociale des caisses.

            Cette  mise  en  perspective  permet  en  définitive  de  réévaluer  la
            création – non isolée au plan international – de la Sécurité sociale.
            Celle-ci est souvent présentée comme une fondation ou une rup-
            ture, ou encore comme une conquête ouvrière, ce qui est loin d’être
            évident, comme le montre Bruno Valat dans son article. Il existe
            bel et bien une légende autour de la création de cette institution,
            colportée à la fois par les forces politiques issues de la Résistance
            mais également par les fondateurs de l’institution qui avaient inté-
            rêt à la présenter comme un nouvel ordre social protecteur, surtout
            après le régime de Vichy.
            Or si on regarde de près les réformes opérées par les ordonnances
            de  1945,  on s’aperçoit  qu’il  s’agit  surtout  d’un  nouvel  agence-
            ment entre des législations protectrices qui s’étaient développées
            jusque-là séparément : la Sécurité sociale réunit désormais, dans un
            système unique, les anciennes Assurances sociales, d’une part, les
            Allocations familiales et la réparation des risques professionnels
            qui en étaient jusque-là exclues, d’autre part.

            Autrement dit, point de rupture conceptuelle avec le modèle anté-
            rieur des  Assurances  sociales,  ni de  rupture  juridique  avec  les
            législations sociales antérieures. Mais bien plutôt un changement
            d’échelle, lié à l’extension programmée (mais encore hypothétique)
            de la prévoyance obligatoire à l’ensemble des salariés. La création
            de la Sécurité sociale s’inscrit en fait dans le cadre d’une recons-
            truction qui nécessite une protection accrue des mains-d’œuvre :
            elle a vocation, comme le confirme la création d’un ministère du
            Travail et de la Sécurité sociale, à entretenir la force de travail des
            salariés dont l’utilité a crû avec les deux guerres mondiales.

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