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Vincent Viet


            toutes les déclinaisons possibles des protections existaient : la pro-
            tection sociale pouvait être publique ou privée, individuelle ou col-
            lective, facultative ou obligatoire, légale ou conventionnelle, locale
            ou nationale, professionnelle ou interprofessionnelle, territoriale
            ou sectorielle, garantie ou non par l’État.
            À vrai dire, cette diversité n’est pas propre à la France : elle se ren-
            contrait à l’état expérimental ou pratique dans la plupart des pays
            industrialisés de l’Europe occidentale. Mais il existe bel et bien une
            spécificité française, liée à la coexistence de configurations institu-
            tionnelle propres à chaque forme de protection (thèse principale
            de l’article de Yannick Marec). Ces configurations ont conservé
            jusqu’à nos jours leur cohérence tout en se transformant intrinsè-
            quement. Robert Lafore a pu parler à juste titre d’archipel consti-
            tué d’îles autonomes qui ne valent ou évoluent que par rapport aux
            autres.
            La tentation est dès lors très forte de centrer l’analyse sur le chemi-
            nement du centre de gravité de la protection sociale, comme l’a fait
            Henri Hatzfeld en montrant que la prévoyance obligatoire, incar-
            née par les Assurances sociales, a fini par s’imposer aux dépens de
            l’assistance. Selon cet auteur, la protection sociale se serait déve-
            loppée à partir des marges déshéritées de la société pour gagner
            le cœur de celle-ci ; on serait ainsi passé de l’assistance à la pré-
            voyance obligatoire, des indigents au plus grand nombre (comme
            le suggère le titre de son ouvrage Du paupérisme à la Sécurité sociale).
            Mais une telle approche occulte la persistance des autres formes de
            protection et d’autoprotection, tandis qu’elle sous-estime la diffé-
            rence fondamentale entre l’assistance par définition non contribu-
            tive et l’assurance contributive.

            Nous avons donc considéré qu’il fallait plutôt partir du cœur de la
            société française, c’est-à-dire des classes moyennes non salariées
            (CMNS) pour examiner les protections qu’elles s’étaient octroyées.
            Tout simplement parce que cette catégorie de la population était
            susceptible à la fois de se protéger et d’être protégée. C’est en fait

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