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80 ans


            Tant et si bien qu’il a fallu combler un vide abyssal : chacun de
            nous a dû écrire un article  ; muscler  l’avant-propos,  recueillir
            des témoignages (en l’occurrence, ceux de Michel Laroque et de
            Pierre-Louis Bras), organiser une table ronde entre chercheurs de
            disciplines différentes et négocier des comptes rendus d’ouvrages
            avec des chercheurs potentiellement intéressés. Le tout en très peu
            de temps.

            Pourquoi cette déconvenue ? Sans doute le moment était-il mal
            choisi ; sans doute aussi aurions-nous dû sensibiliser les chercheurs
            en amont. Mais il existe, à mon avis, des causes plus profondes qui
            tiennent à des positionnements différents, à des enjeux propres
            à chaque discipline, et à des référentiels non partagés, même si
            certains travaux font référence commune, comme ceux de Henri
            Hatzfeld, François Ewald, Pierre Rosanvallon… En effet, les his-
            toriens occupent une place bien à part, et pour tout dire marginale.
            Rappelons qu’ils sont entrés tardivement dans le champ de la pro-
            tection sociale, au cours des années 1990, souvent par l’étude des
            politiques sociales ; ils ont investi massivement la période génésique
            des années 1880 à 1914, mais assez peu la période de l’entre-deux-
            guerres (il existe peu de travaux sur les assurances sociales) et les
            Trente Glorieuses, et fort peu la période ultérieure en comparaison
            des économistes, sociologues, juristes et politistes. Précisons tou-
            tefois qu’une jonction a pu récemment s’opérer entre les historiens
            des guerres mondiales qui s’intéressaient assez peu à la protection
            sociale et les historiens des politiques sociales qui avaient tendance
            à écarter de leur réflexion les périodes de guerre.

            Il convient malgré tout de relativiser la variable de la discipline, car
            les chercheurs en sciences sociales travaillent de plus en plus avec
            les outils des historiens, n’hésitant pas à dépouiller des archives,
            à recourir à l’histoire orale ou à s’intéresser à des périodes recu-
            lées. Si cette variable est neutralisée en privilégiant l’échelle d’ob-
            servation comme critère de classement des études sur la protec-
            tion sociale, on obtient grosso modo trois grands groupes d’études
            interdisciplinaires.
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