Page 40 - lettre_crhssoccitanie_n°_spécial
P. 40
80 ans
pays ? Ces comparaisons ont certes permis d’établir des idéaux
types ex-post, de distinguer par exemple des modèles bismarckiens
des modèles beveridgiens, mais elles tendent surtout à lisser les dif-
férences entre les composantes de la protection sociale. Elles pré-
sentent aussi une vision désincarnée des modèles nationaux, sans
faire ressortir les influences éventuellement transnationales qu’ils
ont pu subir. Elles seraient enfin peu explicites sur l’agencement
des protections entre elles.
De là une certaine insatisfaction qui nous a conduits à question-
ner la manière d’écrire l’histoire de la protection sociale en France,
enjeu théorique de ce numéro spécial.
II - Comment renouveler l’histoire de la protection
sociale ?
Je distinguerais ici nos propres interrogations et celles que nous
avons adressées aux chercheurs via l’appel à propositions d’articles :
1°) Nos interrogations ont porté sur le périmètre de la protection
sociale et sur la méthode qu’il convenait d’adopter pour l’appré-
hender dans la durée, c’est-à-dire sans se laisser influencer par
les enjeux du temps présent qui peuvent biaiser ou parasiter la
réflexion.
Nous sommes partis d’un constat tiré de la consultation des rap-
ports des congrès internationaux sur les accidents du travail et les
assurances sociales qui se sont tenus avant 1914. Toutes les formes
de protection et d’autoprotection aujourd’hui connues existaient
avant la guerre : qu’il s’agisse de l’assistance, de la coopération, des
assurances publiques ou privées, de la mutualité, de l’épargne ou
encore de la protection sociale d’entreprise. De même, toutes les
techniques de protection ou modalités de réparation des risques
sociaux étaient déjà maîtrisées avant 1914 : calcul actuariel assis sur
des tables de mortalité et de morbidité, calcul des rentes basées sur
des barèmes, régimes par capitalisation ou par répartition… Enfin,
38

