Page 39 - lettre_crhssoccitanie_n°_spécial
P. 39

Vincent Viet


            Au premier se rattachent les monographies locales qui se réfèrent
            à un territoire circonscrit ou qui portent sur un objet précis : par
            exemple, une caisse, un bureau de bienfaisance, l’assistance médi-
            cale gratuite dans un département. C’est un peu le fonds de com-
            merce des universitaires qui distribuent des sujets de mémoire. C’est
            aussi une rente de situation pour les comités d’histoire régionaux
            qui travaillent avec l’Université. Ces études sont au demeurant très
            utiles pour nuancer le fonctionnement national de la protection
            sociale ; il va de soi que l’histoire orale y trouve toute sa place.
            Le  deuxième  groupe d’études  rassemble  des  travaux qui  appré-
            hendent une composante de la protection sociale au niveau natio-
            nal : par exemple, l’Assistance, les Assurances sociales, l’Épargne,
            la Mutualité, la politique familiale. Ces travaux fort nombreux ont
            incontestablement enrichi la connaissance généalogique de la pro-
            tection sociale. Mais leur focalisation sur une composante particu-
            lière ne permet pas d’embrasser celle-ci dans sa diversité, ni d’étu-
            dier les éventuelles interactions entre les différentes protections.

            Le dernier groupe concerne l’étude comparée des États-providence
            qui a donné lieu à une multitude de travaux, soit socio-historiques,
            soit quantitatifs. Les premiers mobilisent de nombreuses variables
            pour un nombre réduit d’unités de comparaison. S’efforçant de
            mettre  en  résonance  les  spécificités  ou  les  architectures  intrin-
            sèques des modèles nationaux et véhiculant une vision à la fois dia-
            chronique et synchronique de la protection sociale, ils ont assuré-
            ment toute la sympathie des historiens. Précisons toutefois que les
            États-providence sont la plupart du temps appréhendés comme
            des blocs monolithiques, laissant peu de place à l’analyse fouillée
            des  principales structures  administratives  les  ayant  servis  (direc-
            tions des administrations centrales, organes consultatifs, corps de
            fonctionnaires, organismes…).
            Quant aux approches quantitatives et typologiques, elles suscitent
            bien souvent l’incrédulité des historiens : que vaut en effet une
            comparaison  dans la durée portant sur dix, quinze, voire vingt

                                                                       37
   34   35   36   37   38   39   40   41   42   43   44