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sur un plan autoritaire et unilatéral. Ses tendances   Dans la guidance de la négociation des conventions
            sont donc à l’opposé de celles des principaux grou-  collectives, le Conseil national économique a joué
            pements ouvriers. » (Rpo, p. 324).                 un rôle actif, préconisant « la constitution de grou-
                                                               pements ouvriers  et  patronaux  puissants  ».  Son
            L’État, arbitre social                             Secrétaire général, Georges Cahen Salvador (1875-
                                                               1963) , élaborait une pédagogie des accords entre
                                                                    10
            Le vaste succès électoral du Front  populaire  lors   des interlocuteurs peu habitués à négocier, et affir-
            des  scrutins  des 27  avril  et 3  mai  1936,  met un   mait, à l’adresse de toutes les parties, la nécessité
            terme au faux calme social qui s’était installé depuis   d’une « morale de la convention collective ». Pierre
            1922. S’en suit un mouvement révolutionnaire  de   Laroque reconnaît que « du côté patronal comme
            grèves et  d’occupations  d’usine qui cessera lors   du côté ouvrier une éducation est nécessaire » (Rpo
            de la signature de l’Accord Matignon « qui à tous   p. 357). Transposition de la liberté contractuelle au
            égards marque dans l’évolution des relations de tra-  niveau de groupes dont la puissance s’équilibre, la
            vail l’ouverture d’une ère nouvelle » (Rpo, p. 354).   convention collective est le moyen principal de pré-
            Mais, selon Laroque, le mouvement social déclen-   vention  des  conflits,  et  il  est  incontestable  qu’elle
            ché par le Front populaire obéit à des « causes pro-  possède « le caractère d’un instrument de collabo-
            fessionnelles précises ».                          ration entre organisations patronales et ouvrières »
                                                               (Rpo p. 367). Les conventions collectives librement
            Deux problèmes massifs se posent à l’État arbitre   conclues deviennent « le régime normal, obligatoire,
            de l’intérêt général, garant de la concorde civile et   d’organisation  des relations du travail  ».  Leur suc-
            de la paix sociale :                               cès dépend du jeu concerté de l’influence ouvrière
            1.  proposer  un cadre commun de discussion  aux   et de l’action gouvernementale.
               patrons et aux ouvriers où puissent se négocier
               des conventions collectives ;                   Institution et pratique du droit social
            2.  modérer les abus de l’arbitraire patronal et la vio-
               lence des revendications ouvrières par l’arbitrage.   Mais l’interprétation des conventions collectives
                                                               peut donner lieu à conflit. C’est pourquoi « il est nor-
            Il  faudra  d’abord,  en  vue  du  dialogue  social,  insti-  mal, il est nécessaire que les différends collectifs de
            tuer des groupements  représentatifs. Le patronat   travail aient un juge ». L’arbitrage obligatoire est ins-
            est rétif  au groupement, mais, sous la pression   titué comme instance juridictionnelle. La tentative de
            des événements, transforme son appellation  de     conciliation et la saisine arbitrale sont le préalable
            Confédération Générale de la Production Française   obligatoire à toute grève ou tout lock-out. L’arbitrage
            (1919)  en  Confédération  Générale  du  Patronat   suscite la méfiance des patrons dont il contrôle l’au-
            Français  (1936).  La  CGT,  divisée  depuis  1922  en   torité, et celle des salariés dont il limite le droit de
            CGT réformiste et CGTU révolutionnaire  dans la    grève. Le conflit collectif connaît plusieurs étapes :
            mouvance  des  Pelloutier  et  Griffuelhes,  retrouve   la conciliation obligatoire directe des parties ; en cas
            son unité d’action et rencontre un remarquable suc-  d’échec, la désignation de deux arbitres, l’un patro-
            cès d’adhésions.                                   nal, l’autre  ouvrier  ; en cas de désaccord, la dési-
                                                               gnation par ces deux arbitres d’un surarbitre appar-
            Résultat de l’Accord Matignon : la classe ouvrière   tenant à un grand corps ; seules les décisions du
            existe ; elle est reconnue dans le libre exercice du   surarbitre sont susceptibles d’être attaquées devant
            droit syndical et la représentation  des délégués   la Cour supérieure d’arbitrage composée de hauts
            ouvriers élus du personnel.  Les outils de préven-  magistrats et de hauts fonctionnaires du ministère
            tion et de règlement des conflits résident dans les   du Travail. Laroque constate dans le processus de
            conventions collectives et l’institution de l’arbitrage,   négociation des conventions collectives et du règle-
            outils  anciens,  efficacement  rénovés.  De  plus,  le   ment de leurs différends par l’arbitrage, une avan-
            gouvernement,  inspiré  de  l’expérience  Roosevelt,   cée remarquable  du droit,  un recul de la violence
            s’empare de la politique  salariale. Pierre Laroque   et des grèves dont le nombre est drastiquement
            souligne le résultat positif de l’« attitude » des pou-  diminué (4/5 ). Réaliste, Laroque ne laisse pas d’ob-
                                                                          e
            voirs publics sur  l’«évolution  »  du syndicalisme.   server, sous  la façade  juridique,  dans  le patronat
            La rapidité d’élaboration, de vote, d’exécution des   comme dans la masse ouvrière, un esprit de lutte,
            lois du Front populaire a instauré « un ordre social   chacun essayant d’imposer sa loi à l’autre. « Cette
            nouveau ».                                         discordance ne saurait longtemps persister dans un
                                                               domaine où le  droit repose essentiellement  sur la
            10. Georges Cahen-Salvador a été une figure emblématique du Conseil d’État où s’est déroulée toute sa carrière, d’auditeur (1898) à président
            de la section de l’intérieur (1936). Figure d’humaniste, socialement engagé, et de juriste. À noter son immersion dans la question sociale à
            travers la Société des visiteurs fondée en1898 par René Bazin et André Spire, également auditeurs au Conseil d’État. Auteur d’un ouvrage
            sur les prisonniers de guerre. Spécialiste reconnu de la réparation des dommages de guerre. Son action au Conseil national économique
            a structuré la politique sociale du Front populaire. « Sécurité sociale, Conseil national économique : ce sont les deux grandes actions de
            Georges Cahen-Salvador. » (Alexandre Parodi).


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