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l’intérêt  des  salariés,  et  assesseurs  employeurs   et à la London School of Economics, auteur de « La
            défendant l’intérêt de l’entreprise. Les remarques de   société du risque », sous-titré : « Sur la voie d’une
            l’USM (Union syndicale des magistrats), favorables   autre modernité », publié en Allemagne (1986) après
            à l’échevinage, relevaient l’anormale longueur des   la catastrophe de Tchernobyl . La modernité, identi-
                                                                                         49
            délais de jugement, l’insuffisante formation juridique   fiée au progrès, n’a pas tenu ses promesses. Misères,
            des conseillers, leur partialité. Au rapport Marshall   inégalités, sous-développement ont accompagné la
            succède le rapport Lascabarats (juillet 2014). Ayant   civilisation  industrielle.  Les risques  sont multipliés,
            souligné l’attachement « viscéral » des prud’hommes   multiformes, omniprésents, permanents  : risques
            au paritarisme et le rejet de l’échevinage, ce rapport   alimentaires, nucléaires, environnementaux… Le cri
            répète, amplifiés par les observations des experts   « j’ai peur » a remplacé « j’ai faim ».
            européens, les griefs du précédent : les conseillers
            prud’hommes – exception juridictionnelle française –
            manquent de formation, de partialité, d’intégrité. Si
            le paritarisme et la procédure d’appel garantissent
            l’impartialité institutionnelle des conseils, le rappor-
            teur regrette le comportement i ndividuel de « juges
            de parti pris ». Il déplore dans certaines juridictions
            une relation par trop désinvolte  et distante à l’en-
            droit de la jurisprudence et de la Cour suprême, gar-
            dienne de l’unité d’interprétation.
            Ces  rapports, qui  mentionnent allusivement  l’ar-
            ticle de Laroque, se bornent dans l’ensemble à des
            recommandations organisationnelles, gestionnaires
            et disciplinaires : placer les conseils de prud’hommes,
            désormais appelés tribunaux du travail, sous le
            contrôle de la hiérarchie judiciaire quant au fonction-
            nement, sous la baguette de l’École nationale de la
            magistrature quant à la formation. Le problème de la
            fragmentation du droit social et de sa dispersion juri-
            dictionnelle restait intact. Le rapport Marshall acte
            la permanence des conflits de compétence : « Le
            rapprochement TASS et TCI (Tribunaux du conten-
            tieux  de  l’invalidité)  implique  un  travail  rigoureux
            pour faire le départ entre les contentieux qui doivent
            relever de l’ordre judiciaire et ceux qui doivent rele-
            ver de l’ordre administratif. Ce travail d’inventaire est
            un préalable indispensable à toute nouvelle organi-
            sation entre les contentieux et à tout rapprochement   La spécificité de la société du risque, c’est l’impossi-
            procédural. » La véritable réforme au fond mettant   bilité de l’imputer à des causes externes. Le risque
            les conseils hors d’état de nuire, émanerait non de   est immanent et ne peut plus être externalisé. Aucune
            la Chancellerie, mais de Bercy. Sous couvert de pré-  distanciation n’est possible. Le risque confronte la
            visibilité et de sécurisation des relations de travail ,   société à elle-même. Rien ne sépare le producteur
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            les indemnités  de licenciement seront plafonnées   de la victime du risque. Le risque apparaît comme
            et  arrêtées  sous  forme  de  tableau.  On  désarmait   un solidarisme négatif, mais structurant et solide. La
            les Conseils de prud’hommes en les privant de leur   politique s’en trouve substantiellement changée : ce
            arme absolue, on stérilisait leur attractivité.    qui était apolitique devient politique ; ce qui était poli-
                                                               tique devient apolitique. « Contaminatrice mondiale
            Un changement de paradigme : la société            de l’homme et de la nature », la science est entrée
                                                               elle-même dans l’ère du soupçon. L’État-providence
            du risque                                          est mis en accusation : bureaucratique, il administre

            Mais peut-être cette décomposition du droit social   la négativité du travail, ses  risques sociaux, non
            français apparaîtra-t-elle comme contingente au    ses formes vivantes. Centré sur le travail, il ignore
            regard du changement de paradigme qui affecte la   les non-travailleurs, les femmes,  les jeunes. Les
            notion de risque désormais compris comme « rup-    contraintes de la mobilité du travail, souvent plu-
            ture à l’intérieur de la modernité ». La formule est   tôt subie que choisie,  menacent d’assigner  cha-
            de Ulrich Beck, enseignant à l’université de Munich   cun «  au destin standardisé  d’ermite de masse  ».
            48.  Ordonnance 2017-1387 du 22 septembre 2017 relative à la prévisibilité et à la relation des relations de travail dite « ordonnance Macron ».
            49.  Ulrich Beck, « La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité », titre original « Risikogesellschaft », Suhrkamp Verlag, Francfort sur le Main,
            1986, Flammarion, 2002, Champs-Flammarion 2008.


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