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Pierre Laroque et l’utopie du droit social




                                                     Cette Lettre d’information  approfondit  l’intervention  d’Albert
                                                     Anouilh lors de la rencontre du 13 octobre 2025 organisée à
                                                     Toulouse par le Comité régional d’histoire de la Sécurité sociale
                                                     d’Occitanie,  à  l’occasion  du  80ᵉ  anniversaire  de  la  Sécurité
                                                     sociale. Sa recherche  s’appuie sur trois textes de Pierre
                                                     Laroque, qui permettent de découvrir ses multiples facettes et
                                                     elle restitue leur contexte intellectuel et historique.
                                                     La première partie, « L’expérience du social », revient sur l’ou-
                                                     vrage publié en 1938, Les rapports entre patrons et ouvriers.
                                                     Laroque y retrace l’évolution de la condition ouvrière, portée
                                                     par « le sentiment de la dignité humaine », et il affirme la néces-
                           sité d’un État arbitre du social, garant d’un équilibre entre les forces en présence.
                           La deuxième partie, « Pierre Laroque, architecte du social », analyse le discours prononcé le
                           23 mars 1945 à l’École nationale d’organisation économique et sociale. Laroque y esquisse
                           déjà l’horizon de la Sécurité sociale, définie comme « la garantie donnée à chacun qu’il dis-
                           posera en toutes circonstances d’un revenu suffisant pour assurer à lui-même et à sa famille
                           une existence décente ». La future institution, fondée sur le travail, n’appartient pas à l’État :
                           elle est « la chose des assurés sociaux ». Laroque en appelle alors à un véritable « apostolat »
                           des cadres chargés de la faire vivre.
                           La troisième partie, « Le jurisconsulte », s’appuie sur l’étude rédigée en 1953 pour le Conseil
                           d’État, Contentieux social et juridiction sociale. Laroque y plaide pour l’unification d’un droit
                           social éclaté, désenclavé du droit privé comme du droit public, et pour la création de juridic-
                           tions échevinales.
                           Dans sa conclusion, Albert Anouilh  interroge  l’héritage  de Laroque  : les grands systèmes
                           monistes qu’il appelait de ses vœux n’ont pas vu le jour et apparaissent aujourd’hui comme
                           des « utopies rationnelles », dans la lignée des idéaux de 1848. « Le monde de Laroque n’est
                           plus le nôtre », écrit-il.
                           Ce constat fait écho à celui que Pierre Laroque lui-même formulait le 18 octobre 1985, lors
                           d’une réunion des organismes du Régime général de Midi-Pyrénées (dont quelques photos
                           figurent dans le texte) : malgré l’élan fondateur de 1945, les particularismes socioprofession-
                           nels ont ressurgi, et les assurés sociaux « entrent dans une caisse de Sécurité sociale comme
                           ils entrent dans une banque ou dans un bureau de poste, ils ne se sentent pas chez eux, ils
                           n’ont pas le sentiment d’être vraiment responsables de l’institution ».
                          Je tiens à remercier Albert Anouilh pour la qualité de sa nouvelle contribution, ainsi que pour
                           son avant-propos dans lequel il revient sur ses débuts de carrière en Haute-Loire.

                                                                                                 Michel Lages
                                                                         Président du Comité Régional d’histoire
                                                                                          de la Sécurité sociale
                                                                               Occitanie-Pyrénées-Méditerranée
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