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Marie-France Laroque
1945, c’est la naissance de l’institution Sécurité sociale, avec
un S majuscule, mais aussi le point de départ des dispositifs
tendant à une certaine sécurité sociale avec un s minuscule,
point de départ alors encore embryonnaire, et ce, malgré les inten-
tions des créateurs. Quel regard peut-on porter sur ce passé ?
La création de la Sécurité sociale pour tous fut vraiment l’élément
majeur de cette construction nouvelle qui a été voulue au sortir
de la Seconde Guerre mondiale. On a parlé d’un plan de Sécurité
sociale. Le mot plan me semble vraiment essentiel par rapport à ce
qui existait avant, car il implique une cohérence permettant de cou-
vrir tout le monde pour les risques qui étaient alors perçus comme
le plus menaçants. Ce ne sont pas seulement ceux que l’on a en tête
aujourd’hui.
Le plan était réellement original, puisque les créateurs du système
ont voulu, en s’inspirant de
Beveridge, une couverture univer-
selle gérée par une seule caisse,
tout en gardant le principe de l’as-
surance et le financement par les
cotisations assises sur les revenus
du travail, provenant là du sys-
tème bismarckien.
Mais ce système de Sécurité sociale
qui devait mettre en place une
sécurité sociale pour tous, s’est
heurté, dès l’année 1946, à des
obstacles auxquels n’ont pas résisté l’universalisme et le principe
de la caisse unique. Certaines catégories socioprofessionnelles ont
décidé d’avoir leur propre régime, soit parce qu’elles en avaient
un antérieurement et qu’elles le jugeaient plus favorable que celui
qui était proposé, dit général, soit parce qu’elles ne voulaient pas
être assimilées aux salariés, à l’époque essentiellement des ouvriers
considérés comme le Lumpenproletariat.
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