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80 ans


            peu de temps de réflexion, à échapper un instant au temps poli-
            tique qui est imposé et qui est de plus en plus court.

            Je vous propose donc pour quelques minutes de regarder les années
            passées et le chemin parcouru.

            Contrairement à certaines idées reçues, la Sécurité sociale n’a
            pas connu une génération spontanée en 1944-1945. Cet édi-
            fice, que nous célébrons à juste titre ces jours-ci, s’est construit
            sur des éléments préexistants depuis la fin du XIX  siècle et même
                                                           e
            depuis la Révolution française, qui avait mis un terme à la charité
            de l’Ancien Régime et décrit la dette sacrée de l’État à l’égard des
            citoyens.

            La protection sociale moderne, d’une certaine façon, petite fille
            de la Révolution française et fille aussi, et surtout peut-être, de la
            Révolution industrielle. Il suffit de rappeler la loi de 1898 sur les
            accidents du travail, qui introduit la responsabilité sans faute de
            l’employeur et qui reflète si bien cette prise en compte du dévelop-
            pement de ces machines qui blessaient et tuaient tant d’ouvriers et
            plongeaient leurs familles dans la misère.

            C’est  vraiment le pas vers notre Sécurité  sociale  d’aujourd’hui,
            même si on a fait de grands progrès depuis. Ensuite, il y a eu 1910,
            les ROP (Retraites Ouvrières et Paysannes), en 1919, la loi sur les
            maladies professionnelles, dont je trouve qu’on parle peu, trop peu
            sans doute, qui a pourtant prévu une réparation sur les mêmes
            principes que la loi de 1898 sur les accidents du travail, puis bien
            sûr, les assurances sociales en 1928-1930, en 1932, le premier sys-
            tème d’allocations familiales obligatoires pour les salariés avec un
            sursalaire financé par les employeurs.
            Mais ces textes, quels que soient leur intérêt, leur mérite, modernes
            déjà, ne couvraient pas toute la population faute d’une affiliation
            obligatoire. Ils ne fournissaient  qu’une  protection  fractionnée
            risque  par  risque, et  protégeaient  exclusivement  les  travailleurs
            salariés et leur famille. Enfin, ils étaient gérés par une multitude
            de caisses.
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